L’ENVERS DE NOËL

À chaque année, les Canadiens dépensent des milliards de dollars en marchandise pour la saison des Fêtes. Que ce soit pour des gadgets électroniques, du divertissement ou des denrées alimentaires, la plupart des gens des classes moyenne et élevée n’hésitent pas à tendre leurs cartes de crédit pour faire plaisir à ceux qu’ils aiment. Le mois de décembre est une période de réjouissance pour plusieurs familles.

La colline parlementaire à Ottawa lors de la période des Fêtes. Source: David Blaikie Photos

Par contre, Noël peut aussi être un synonyme des mots misère et solitude. Année après année, le fléau réapparaît. Dans la région de Gatineau/Ottawa, des milliers de personnes n’ont rien à se mettre sous la dent pendant le temps des Fêtes. Plusieurs d’entre eux se retrouvent seuls le 25 décembre et le 1er janvier.

Il est bon de savoir que des solutions existent, non pas pour enrayer le problème, mais pour l’alléger un peu. Des banques alimentaires ainsi que des organismes de soutien aux familles dans le besoin mettent en oeuvre, chaque année, de grandes campagnes publicitaires pour conscientiser la population face à ce problème de société.

NOËL EN CHIFFRES…

Au Canada, en 2009, les Canadiens ont dépensé pour plus de 13,2 milliards $ en marchandise pendant le mois de décembre. Ce montant se répartissait en plusieurs sous catégories dont notamment « les articles de sports et de loisirs » (1,1 G$), « les ordinateurs et logiciels informatiques » (356,3 M$), « les téléviseurs et de l’équipement audio et vidéo » (840,4 M$) ainsi que « les cosmétiques et parfums » (165,4 M$).

DÉPENSES DES CANADIENS POUR NOËL 2010 

Catégories Montant ($)
Aliments/boissons 3,9 G$
Articles de sports/loisirs 1,1 G$
Téléviseurs/Audio/Vidéo 840,4 M$
Jouets/jeux vidéo 551,1 M$
Ordinateurs/logiciels 356,3 M$
CD/DVD/Musique 242,9 M$
Cosmétiques/parfums 165,4 M$
Montres/bijoux 125,1 M$

Source : Statistiques Canada – « Noël… en chiffres » (2010)

Parmi ces dépenses, plusieurs cadeaux sont achetés en ligne. Statistiques Canada a conclu que la population globale, en 2009, avait effectué un peu plus de 95,7 millions de commandes sur Internet durant la période des Fêtes.

Dans le Journal de Montréal, Renée Laurin, chroniqueuse et journaliste pigiste, avoue que l’esprit des Fêtes n’est plus le même qu’autrefois : « La fête de Noël est devenue trop commerciale, fausse et sans âme, à l’image de la cannelle et des sapins en plastique inflammable. ». Le peuple canadien achète pour environ 164,4 millions de dollars en décoration de Noël par année.

Côté alimentaire, l’extravagance est similaire. 21,6 millions de dindes ont été produites en 2009 ainsi que 86 776 tonnes de canneberges. Pour le lait de poule, 5,8 millions de litres ont été achetés. En moyenne, une personne âgée de plus de 15 ans a consommé 6,9 litres de boissons alcoolisées durant cette période.

Le Centre Rideau est l'endroit de prédilection pour le magasinage des Fêtes à Ottawa. Source: Martin Roy - Le Droit

Malgré tout, le désir d’aider les autres est présent partout au Canada. En 2009, 7,8 milliards $ ont été amassés en dons de charité. En moyenne, un contribuable canadien a donné 250 dollars à un ou plusieurs organismes de bienfaisance. Un peu plus de 12,5 millions de bénévoles se sont joints à un groupe ou une organisation afin de donner de leur temps aux plus démunis.

LA PAUVRETÉ RENFONCE DANS LE FOSSÉ

Au Canada, en 2007, un peu plus de 2,95 millions de personnes, soit 9,2% de la population, étaient classées sous le seuil de faible revenu (SFR). Parmi ce taux, on y estimait 637 000 enfants âgés de moins de 18 ans.

Dans un article de Stéphanie Grammond, paru dans le quotidien La Presse en mai dernier, le problème du fossé entre les riches et les pauvres semble s’être aggravé. « … l’inégalité s’est accrue presque partout dans le monde, particulièrement dans les pays qui étaient reconnus pour leur filet social, comme le Canada et la Suède. » a-t-elle écrit.

Elle relève aussi le fait que les foyers aisés ont un revenu neuf fois plus élevé que celui des foyers démunis. Selon les dernières études, une hausse de 6,6% a été observée par rapport à 1996.

Le fossé entre les riches et les pauvres s'accentue. Source: Jacques Nadeau - Le Devoir

Selon Statistiques Canada, en mars 2008, plus de 704 000 Canadiens avaient recours au service des banques alimentaires ou de programmes pour contrer la faim.

Malgré les efforts du gouvernement fédéral pour combattre ce fléau, il reste encore beaucoup à faire. En Ontario, des mesures concrètes telle la hausse du salaire minimum ainsi que l’augmentation du financement des programmes sociaux ont été mises sur pied à cet égard.

En 2006, le taux de chômage à Gatineau était de 5,6% ce qui signifiait qu’un peu plus de 7770 personnes n’avaient pas d’emploi. À Ottawa, ce taux a atteint 5,9% la même année. La capitale fédérale comptait alors 26 905 chômeurs.

MOISSON OUTAOUAIS AU SERVICE DE LA RÉGION

En 2004, la banque alimentaire Moisson Outaouais est fondée en raison des grandissantes demandes d’aide des gens défavorisés de la région. En partenariat avec la Banque alimentaire d’Ottawa, cet organisme fournit les effectifs nécessaires à 28 organisations régionales dont la Soupière de l’Amitié de Gatineau, le Centre Alimentaire Aylmer, la Soupe Populaire de Hull, la Maison d’hébergement pour Elles des Deux Vallées et l’Amicale des Handicapés Physiques de l’Outaouais.

Sans grandes surprises, le temps des Fêtes est une période de l’année chargée pour cette banque alimentaire. Benoit Gélinas, gestionnaire des communications et de la collecte de fonds chez Moisson Outaouais, n’acquiert qu’en ce sens. « Les gens sont plus sensibles à la cause de la pauvreté dans le temps des Fêtes. Ils se réveillent et réalisent qu’ils veulent aider les personnes dans le besoin. » a-t-il déclaré en entrevue exclusive.

Des bénévoles recueillent des dons lors d'un événement parrainé par Moisson Outaouais. Source: CNW

L’année dernière, Moisson Outaouais a amassé plus de 120 000$ en dons de charité pour la fête de Noël. Environ 60% du montant récolté provenait des contributions du public. En moyenne, les Outaouaiens ont donné entre 20$ et 100$ par don.

En Outaouais, le problème de la faim a empiré depuis quelques années. Le dernier Bilan-Faim rapporte une hausse de 25,6% des demandes de support. « Les besoins en service d’aide alimentaire ont doublé depuis 2008. » a conclu M.Gélinas.

Plus de 27% des familles ayant demandé de l’aide à Moisson Outaouais ont dû récidiver dans la même année. Parmi celles-ci, 16% d’entre elles ont une source de revenu rémunéré.

Plus de 12 400 enfants ne mangent pas à leur faim chaque année. Un peu plus de la moitié des personnes aidées par la banque alimentaire régionale sont des enfants (58%). En 2011, 31 200 personnes de l’Outaouais font affaire avec les différents organismes pour arriver à joindre les deux bouts.

La campagne 2010 de Noël de Moisson Outaouais s'affichait partout, même sur les autobus de la STO. Source: Kaboom Communication

Cette année, une importante campagne publicitaire a été lancée pour solliciter l’aide de l’ensemble de la population. Des lettres de Noël ont été envoyées dans la majorité des foyers de la région afin de conscientiser les citoyens au problème de la faim. Ces lettres ont pour but d’encourager les gens à faire des dons qui permettront à plusieurs familles de passer un meilleur temps des Fêtes.

Benoit Gélinas rappelle l’importance de contribuer aux banques alimentaires à longueur d’année. « Ce que les gens ne réalisent pas tout le temps, c’est que le problème de la faim continue après le 25 décembre. Il faut être sensible à l’année longue à la cause de la faim! » a-t-il soutenu.

« LA GUIGNOLÉE, LA GUIGNOLÉE! »

Depuis 2001, à tous les ans, le monde des médias s’unit pour sensibiliser la population à la cause de la faim au Québec. L’événement se déroule habituellement la première semaine de décembre et porte le nom de « La grande guignolée des médias ». Radio-Canada, La Presse, TVA, Le Journal de Montréal, RDS, CTV, CBC ainsi que plusieurs stations de radio et hebdomadaires locaux s’entraident afin d’amasser des dons lors de cette journée.

Les gens sont invités à donner des denrées non périssables, des produits ménagers, des médicaments, des produits hygiéniques et des dons en argent pour aider des familles dans le besoin.

Les porte-parole de la 10e édition de La grande guignolée des médias. Source: La grande guignolée des médias

Plusieurs personnalités participent à cette grande fête des médias. Les porte-parole pour la 10e édition sont Thierry Daraize, India Desjardins, Mariouche Gagné, Cathy Gauthier, Marc Hervieux, Philippe Laprise, Alex Perron, Marianne St-Gelais et Vincent Vallières.

En entrevue à TVA/Gatineau, Luce Dufault a invité tout le monde à contribuer. « Peu importe la grosseur du don; il faut donner! » a répété la chanteuse originaire de la région. Le comédien Michel Dumont a, tant qu’à lui, soulevé un argument de taille à l’émission Salut Bonjour!. « On n’est pas coupable. On est responsable. » a-t-il souligné.

Une partie de l'équipe du Téléjournal Ottawa/Gatineau lors de la Grande Guignolée des Médias. Source: La grande guignolée des médias

À Gatineau/Ottawa, les deux principaux médias, Radio-Canada et TVA, étaient présents aux Promenades de l’Outaouais pour rencontrer leurs auditeurs et les encourager à être généreux. Les usagers du transport en commun ont aussi pu faire des dons en argent dans tous les autobus de la Société de Transport de l’Outaouais (STO). Des tirelires ont été aménagées à cet effet.

Le 1er décembre dernier, plus de 950 sacs d’épicerie et 150 366$ ont été recueillis dans la région.En 2010, la Grande guignolée des médias a récolté 2 747 314$ en dons du public à travers le Québec.

La campagne publicitaire 2011 mettant en vedette le chanteur/comédien Stéphane Archambault

UN BRIN D’ESPOIR?

Avec les récentes débâcles de la bourse, la hausse du taux de pauvreté à travers le monde n’est qu’un exemple de répercussions directes de cette crise économique. Plusieurs experts s’attendent à ce que ce problème de société s’accentue drastiquement dans les prochaines années.

Malgré tout, la fête de Noël demeure une occasion de se réunir en famille et de démontrer un peu de générosité envers autrui. Avec la présence d’une vingtaine d’organisme dans la région, les démunis ont une porte où allez cogné. Grâce à des centaines de bénévoles et aux organisateurs dévoués, Noël reste Noël. Il n’importe peu que la carte Visa soit certifiée platine ou déclinée.

SOURCE (S)

– Benoit Gélinas, gestionnaire des communications et de la collecte de fonds chez Moisson Outaouais

– http://www.moissonoutaouais.com/fr/pdf/bilan_faim_2011.pdf

– http://www.lagrandeguignoleedesmedias.com/

– http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/canada/201105/13/01-4399274-ecart-entre-riches-et-pauvres-le-fosse-se-creuse.php

– http://fr.canoe.ca/noel/actualites/archives/2010/12/20101214-095126.html

– http://ottawa.ca/calendar/ottawa/citycouncil/cpsc/2010/01-21/04%20-%20Poverty%20Reduction%20Strategy%20-%20French.pdf

– http://www42.statcan.ca/smr08/2010/smr08_149_2010-fra.htm

– http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/prb0917-f.pdf

– http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2006/dp-pd/prof/92-591/details/page.cfm?Lang=F&Geo1=CMA&Code1=505&Geo2=PR&Code2=35&Data=Count&SearchText=Ottawa%20-%20Gatineau&SearchType=Begins&SearchPR=01&B1=All&Custom=

– http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2006/dp-pd/prof/92-591/details/page.cfm?Lang=F&Geo1=CSD&Code1=3506008&Geo2=PR&Code2=35&Data=Count&SearchText=Ottawa&SearchType=Begins&SearchPR=01&B1=All&GeoLevel=PR&GeoCode=3506008

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